Un personnage essentiel

De La Maison de Claudine (1922), dont elle est en quelque sorte « l’héroïne »,  au Fanal bleu (1949), en passant par  Sido (1930), Journal à Rebours (1941) et bien d’autres titres, la maison de Saint-Sauveur, omniprésente dans l’œuvre,  joue, à travers les titres et les années, un rôle bien particulier.

Non pas seulement celui d’une simple maison natale à laquelle s’attache un  souvenir lointain et ému, mais celui d’un véritable rouage de la création littéraire. La Maison est le support – on pourrait dire le terreau – sur lequel s’enracine et se développe la mémoire. Elle est le décor privilégié des souvenirs d’enfance, elle est le lieu où l’auteur, enfant, découvre la réalité terrible du monde : « La maison sonore, sèche, craquante comme un pain chaud ; le jardin, le village… Au-delà, tout est danger, tout est solitude… »

Elle est aussi le modèle vers lequel Colette ramène ses héroïnes de fiction quand la vie les a blessées : Claudine, à la fin de La Retraite sentimentale, retourne vers sa maison d’enfance, à Montigny, maison et village dont nous savons qu’il sont une transposition de la maison natale et de Saint-Sauveur-en-Puisaye. Julie de Carneilhan, abusée par son ex-époux, revient au refuge du vieux château familial…

Ainsi, la « vieille maison », campée au centre de l’œuvre et de la vie de Colette, est-elle le lieu d’où est sorti sinon toute l’œuvre, du moins sa meilleure part. C’est à ce titre qu’elle est devenue un « personnage » littéraire.